Ourcq-Jaurès. Paris 19

Dans la boucle

aasb, architectes / Toa architectes associés
Cpa-Cps, Moa / Habitat et Humanisme, Moa et gestionnaire / Cuisine Mode d’Emploi, gestionnaire

La parcelle de la rue de l’Ourcq a le charme de ces lieux secrets que Paris a su préserver, pour ceux qui cherchent à sortir des sentiers battus. À deux pas de l’effervescence d’un quartier populaire en pleine mutation, il suffit de passer sous les voûtes historiques de la Petite Ceinture pour découvrir le calme d’une clairière abandonnée à la végétation et, un peu plus haut, la perspective de l’ancienne voie ferrée et de ses lisières, réservoir unique de vie et de biodiversité au sein de l’agglomération parisienne. Aujourd’hui, ce terrain de petite dimension est une friche polluée et laissée en souffrance, en marge de la vie urbaine, mais c’est aussi un lieu à l’esprit puissant et à fort potentiel, directement connecté au grand territoire en devenir de la Petite Ceinture, du canal de l’Ourcq et de La Villette.
« Dans la boucle » est un projet d’insertion globale, qui réactive un site enclavé afin d’en faire un lieu d’accueil, de régénération et d’exploration, ouvert sur la ville et la nature. En inversant le rapport accueillis/accueillants, il mixe les usages et les populations, pour créer les conditions de l’insertion et d’un « vivre ensemble » à inventer.
Quatre éléments sont mis en synergie : un jardin, un gîte urbain, une résidence sociale et un restaurant d’insertion, annexe du centre de formation Cuisine mode d’emploi(s) créé par le chef étoilé Thierry Marx.
Il s’agit non seulement d’éviter le repli sur soi, principal écueil des lieux d’insertion, mais aussi de multiplier les interactions. Qu’ils soient salariés du gîte ou simples résidents, les locataires de la résidence sociale sont partie prenante de la vie du site et de l’accueil des visiteurs et usagers des espaces « partagés » (salle commune, restaurant, potager, jardin…)
Le gîte urbain reçoit une majorité d’hôtes issus des réseaux du tourisme social et solidaire, mais aussi des touristes, guidés simplement par l’envie de découvrir Paris autrement.
La clientèle du restaurant, en provenance du quartier, du gîte ou d’ailleurs, croise les stagiaires en immersion de Cuisine mode d’emploi(s), les résidents permanents et les bénévoles d’Habitat et Humanisme.
La salle commune brasse encore plus large : tour à tour salon de détente, comptoir pour les producteurs de « La Ruche qui dit oui », espace ouvert aux associations du quartier et aux animations de la Ligue pour la protection des oiseaux, elle concentre toutes les potentialités de rencontre.
Comprenant un jardin-laboratoire et un potager, le projet donne à la nature des moyens inédits pour s’autorégénérer. Les sols pollués aux hydrocarbures et aux métaux lourds sont traités en amont du chantier (extraction des hydrocarbures par les champignons), puis en phase d’exploitation (extraction des métaux lourds par les plantes et des bassins plantés).
Le potager, piloté par des experts comme l’ensemble du jardin, participe de la biodiversité et constitue à la fois un aménagement paysager productif à destination du restaurant et un support pédagogique ouvert aux autres jardins du quartier et aux écoles. La Ligue pour la protection des oiseaux en fera un « refuge LPO » intégré au protocole participatif « Oiseaux et jardins » du Muséum national d’histoire naturelle.